Voici mon DS de Français d'il y a un mois environ. Une écriture d'invention dans laquelle je me suis donnée corps et âme. Je n'y ai gagné que ridicule et pitié. Note : 7/20. Appréciation : Hors Sujet.
Sujet : Vous rédigerez la préface que pourrait écrire un auteur pour justifier la place centrale accordée à la mère dans son projet autobiographique.
Maintenant, je peux l'écrire. Si je suis devenue ce que je suis, c'est à cause d'Elle. Devrais-je pourtant dire " grâce à Elle " ? Toute cette méfiance, tous ces mensonges, toute cette violence... Et la haine.
Ce serait pourtant mentir, de ne pas écrire ce qui en est ressortit de positif ; ce caractère, cette force intérieure que beaucoup enviaient, cette franchise...
Est-ce pourtant une excuse que je me donne, face à cette personne que je suis devenue et que je déteste tant ? Malgré Elle, aurais-je pu être quelqu'un d'autre ?
Je le pense. Mais penser ne suffit pas ; et le mal est déjà fait. Si tout était à refaire, le referais-je différemment ? Après tout, malgré Elle, ma vie ne fut pas si malheureuse... J'ai eu tout ce que j'ai voulu. J'ai eu presque tous les droits. Mais je n'ai pas eu l'essentiel.
" On n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie ! " : une de Ses expressions favorites. Quelle phrase hideuse ! Quant à moi, je préférais : " Quand on veut, on peut ! ". J'ai pourtant voulu ; sans jamais rien pouvoir...
Je me souviens avoir raconté cette histoire à mes amis. Je crois que ce qui les avait le plus choqués, était la violence physique. Où peut-être, cette façon détachée, presque amusée, de décrire ces choses affreuses que je subissais. De mon côté, ce qui me choquait était cet amour tendre qu'ils vouaient à leurs " parents chéris ". Je ne savais pas, à ce moment là, ce qu'était ce sentiment qui remontait en moi et comprimait ma poitrine : la jalousie.
Un sentiment stupide qui a souvent précédé chez moi, la possessivité.
" Quand on a que l'amour, à offrir en partage ". Mais peut-on offrir de l'amour, quand on n'en a pas reçu ? Je crois que je me suis souvent " rattachée ". J'avais besoin d'une bouée, pour ne pas couler, mais avec cette possessivité, j'en ai noyé plus d'un...
" Tu sais, tu peux tout me dire ", me dit gentiment la jeune femme. " Ce que tu diras restera entre ces quatre murs. "
Alors à quoi ça servait ? Pourquoi tout lui dire à elle, que je ne connaissais pas, plutôt qu'à quelqu'un d'autre ? Et puis, qu'est-ce qu'elle pouvait bien en avoir à faire, elle, de mes problèmes ? Surtout si elle les gardait pour elle. Je voulais juste qu' Elle soit au courant de ce que je vivais. Qu'Elle sache, à quel point je la haïssais par moment, qu'Elle voit combien j'avais mal...
" Je vais bien, ne vous inquiètez pas" répondis-je sagement. "Je n'ai aucun problème et j'aimerais bien rentrer chez moi maintenant, si vous le voulez bien. "
Voilà comment s'est terminée ma première et dernière séance chez mon troisième psycholoque.
La question que je me suis la plus posée, quand j'étais enfant, n'a toujours pas de réponse maitenant.
" M'aime-t-Elle ? ". J'ai pourtant entendu plus d'une réponse qui auraient pu me satisfaire :
" Toutes les mères aiment leurs enfants ! "
" Comment ne pas aimer son enfant ? "
" Les enfants sont la plus grande source de joie pour leurs parents. "
N'étais-je donc pas une " source de joie " moi non-plus ? N'étais-je pas une enfant comme les autres ?
J'étais blessée chaque fois que quelqu'un disait qu'il aimait ses parents. Un jour même, je n'ai pas pu m'empêcher de rire quand un professeur, au collège, à dit : " Vous admirez tellement vos parents, qu'ils sont pour vous des héros ! ". Je n'ai pourtant jamais ressentie ça. Cela fait-il de moi, une enfant anormale ?
" Les enfants battus reproduisent presque tous, la même chose sur leurs enfants. "
Alors je ne veux pas d'enfant. J'en aurais bien aimé quatre, pourtant. Je les aurais appelés Natanaël ou peut-être Mathias. Et pour les filles ? Lexie, c'est joli. Crystal aussi...
Ils auraient été heureux avec moi. J'aurais été sévère, mais aimante, douce, mais forte...
Hélas, j'aurais peut-être eu envie de lever la main sur eux, quitte à abîmer leurs jolies petites têtes...
Le rêve de nombreuses femmes est réalisable. Quoi de plus beau qu'un bébé ? Le mien ne l'est pas, et je Lui en veux pour ça.
Mais pas que pour ça. Je Lui en veux pour les cicatrices, les souvenirs volontairement effacés, la honte que j'éprouvais à chaque coup, le dégoût qu' Elle m'inspirait...
Je Lui en veux surtout pour une phrase, à laquelle je n'ai pas eu le courage de répondre :
" Une étude scientifique a démontrée que les parents ne disaient pas assez " Je t'aime " à leurs enfants. Mais tu le sais toi, n'est-ce pas ? Je n'ai pas besoin de te le dire ! ".
Si Tu avais su, Maman. Si tu avais su ce que j'attendais tout simplement. Si seulement Tu avais pu me comprendre, me connaître, m'aimer...
En effet, la phrase aurait alors été inutile...
A la suite de ça, je me suis enfermée. Mon vrai moi, fut condamné à perpétuité dans les méandres de mon subconscient. Seule la façade resta. Quelque fois, mon vrai moi s'est échappé, et alors, mon quotidien n'était plus que larmes, rage et sang. Mais toujours, je l'ai rattrapé.
Aujourd'hui, j'ai réussi à le dompter et maitenant, il fait partie de moi. J'ai mis du temps, mais j'ai réussi.
Et je ne suis toujours pas heureuse...